Bernadette Chirac : Grande d’âme

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Rencontre. Après les poignées des septennats, elle tend la main pour les Français hospitalisés. Toute l’année, elle est aux petits soins des établissements de soins publics. Allô Maman ?

Propos recueillis par Magali Germain

Elle pourrait aspirer à la retraite. Elle continue à se battre. Madame Chirac paie de sa personne pour les projets soutenus par la Fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France. On l’a suivie deux fois à Paris et en Province, à l’hôpital. Sur ce terrain, l’épouse de l’ancien président accompagnée des parrains égéries de ses campagnes fait monter la pression artérielle des halls hospitaliers dans lesquels crépitent les flashs. Malades en fauteuil, personnels, tout le monde cherche à voir Madame Chirac. Dans cette course, la tortue conserve son train de première dame. Elle parle à chacun, elle s’évertue. Elle se hâte d’écouter, prend du retard sur le programme. Au bout de la carrière, celle qui porte l’hôpital sur son dos adoucit le sort de beaucoup : enfants hospitalisés, adolescents, personnes âgées. Elle nous sensibilise à de vraies urgences.

Madame Chirac, à 78 ans, vous avez une énergie incroyable, votre secret ?

Trouvez la recette ! Tant qu’on est en bonne santé, il faut en profiter…
Un trait de caractère ?

Mon mari dirait : « Elle est lente. Elle est très lente, ma femme. Elle est de plus en plus lente ! » Voilà. Et puis deuxième caractéristique : « Elle a une chance formidable de m’avoir épousé ! » C’est ce qu’il dit tous les jours…
Vous faites des miracles avec la Fondation.

Je veux être optimiste. Quand on se bat, on pense toujours qu’on va gagner, n’est-ce pas ? Et puis les Français sont naturellement généreux.
Vous présidez une cause difficile.

Personne n’a envie de mettre les pieds à l’hôpital. Si je ne me disais pas tous les jours : « Ces fonds, je vais les gagner », j’irais au cinéma, faire du ski ou du bateau avec mes amis. C’est très amusant aussi.
Une vocation à soulager les autres ?

Je ne sais pas si j’ai une vocation. J’appartiens à une famille catholique pratiquante. Mais il ne faut pas faire de moi une religieuse ! J’ai toujours vu autour de moi que c’était une chose naturelle et normale que de redonner un peu de son temps et de ses possibilités à ceux qui sont isolés ou dans la détresse. Il faut se donner un peu de mal aussi.
Depuis quand visitez-vous les hôpitaux ?

Depuis plus de trente ans. En Limousin, j’ai connu l’époque des salles communes. On n’imaginerait plus ça aujourd’hui. A cette époque-là le mot hôpital gériatrique n’existait pas.
Dans votre agenda très chargé, vous arrive-t-il de vous arrêter pour prier ?

Ah, vous avez raison de me demander ça. Mes grands-parents Courcel allaient à la messe tous les matins de leur vie. J’ai vu partir beaucoup d’amis et de proche famille. Je pense souvent à tous ceux qui me manquent énormément et qui sont ne sont plus là. Penser à eux, à ce qu’ils ont fait de bien, c’est ma manière de prier.
Votre bonne adresse ?

Depuis que mon mari est devenu maire de Paris en 1977, je suis paroissienne de Saint-Gervais dans le 4e arrondissement. Vous connaissez ? C’est une paroisse formidable confiée aux moines et aux moniales de Jérusalem. J’aime beaucoup.
Si je vous dis abnégation ?

Non. Vous êtes du genre généreux… Essayer de donner quelque chose aux autres aide à porter ses propres fardeaux. Dans un geste généreux, en espérant qu’il soit tel, vous vivez mieux vos propres difficultés, j’en suis persuadée.
A l’hôpital, vous m’avez fait penser aux brancardières qu’on voit à Lourdes…

Mes grands-parents, côté Courcel, étaient « médaille d’or » des brancardiers de Lourdes. Ils y allaient absolument tous les ans. Jusqu’à ce que l’âge venant, ils n’aient plus la force de baigner les gens dans les piscines. Moi, je regrette de dire que j’ai fait des tas d’autres choses, mais que je n’ai jamais rien fait de tout ça. Je vais à Lourdes de temps en temps… Pas assez à mon goût.
Quand vous ne travaillez pas pour la Fondation, que faites-vous ?

Je vis normalement comme j’ai toujours vécu. Intensément.
Votre credo.

« Ne pas être utile aux autres, c’est n’être utile à rien ». C’est une phrase de Claude Pompidou, une grande dame. Il y en a encore…
Qu’aimeriez-vous dire aux catholiques ?

Peut-être ne sont-ils pas suffisamment convaincus… ils doivent se dévouer même si je connais des paroissiens très généreux et très actifs. Mais vous savez, en ville comme à la campagne, il y a tellement de choses à faire. Si on ne va pas à l’église de temps en temps… Le problème, c’est la pénurie des prêtres et la chute des vocations. Il faut que les catholiques se mobilisent.
Un conseil ?

Il faudrait un peu d’optimisme, un peu de joie, davantage le sens du partage. Vous parliez de la prière tout à l’heure. Moi, je crois que ça n’est pas neutre. Il y a bien d’autres causes à la chute des vocations, mais s’il y avait davantage de familles qui partageaient la même foi et qui se réunissaient le soir pour faire la prière ensemble, on aurait davantage de vocations.

Une priorité ?

Il faut encourager tout ce qui aide la vie de famille. Les familles sont malmenées. C’est un peu le drame de notre société.

Un rêve fou ?

Non. Être en bonne santé et voir les miens en bonne santé, c’est mon rêve. La santé, c’est tout à fait prioritaire.
Votre mari prépare ses mémoires. Vous-même avez-vous un livre en projet ?

Pas en ce moment. J’écrirai sûrement quelque chose, mais pas dans l’immédiat. Moi, ça sera forcément des souvenirs, pas comme ceux de mon mari. Il y a des gens qui auront des surprises en lisant ce que je dirai sur eux. Ça sera des souvenirs avec de l’humour…

 

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