Apprendre à être heureux

by Hélène Bordes

Sérénité. Bonne nouvelle! Le bonheur est – pour une part – le fruit d’un apprentissage. Quelques conseils peuvent aider à construire une vie plus riche de sens. Avec Tal Ben-Shahar.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

L’individu heureux éprouve des sentiments positifs tout en trouvant une raison d’être à son existence. Cela ne s’applique pas à un instant précis, mais à la somme agrégée des expériences d’une vie entière à un moment donné: on peut connaître des phases de souffrance affective, tout en demeurant globalement heureux. Le plaisir a trait aux émotions positives vécues dans l’ici et maintenant, le bénéfice immédiat; le sens vient de l’impression de savoir où l’on va, de prévoir le bénéfice différé de nos actes.

Richesse et bonheur?

Des travaux ont montré que le lien entre prospérité et bonheur n’était pas du tout ce qu’on croit. Il y a une très faible corrélation entre bonheur et richesse, excepté dans les cas d’extrême pauvreté où les besoins fonda mentaux des individus ne sont pas satisfaits. De plus, bien que le niveau de vie se soit élevé dans beaucoup de pays ces cinquante dernières années, la recherche montrerait plutôt une baisse du taux de bonheur.

Se fixer des objectifs

Mon approche consiste moins à atteindre des buts qu’à en avoir. La première raison d’être du but qu’on se donne – et qui concerne donc l’avenir – doit être l’amplification du plaisir présent. Le but est un moyen, et non une fin en soi. Afin d’être durablement heureux, on doit modifier ses attentes vis-à-vis de ses buts: au lieu de les percevoir comme des fins en soi (donc de croire qu’en les atteignant on trouvera le bonheur), il faut y voir des moyens (donc admettre le plaisir potentiel du chemin qui y mène). Quand les objectifs fixés nous aident à savourer le présent, indirectement, à chaque étape du voyage, ils conduisent à une augmentation de notre proportion de bien-être. Cependant, s’il est nécessaire d’avoir des objectifs pour parvenir au bonheur durable, en elle-même, l’existence de ces objectifs ne suffit pas. Il faut aussi qu’ils soient chargés de sens, signifiants, et que le trajet soit agréable pour que l’impact sur le niveau de bonheur soit conséquent.

Réussir

Par ailleurs, les gens qui se fixent des objectifs ont plus de chance de réussir que les autres. Quand on se fixe des buts bien précis impliquant des défis à relever, en s’obligeant à respecter un calendrier et des critères de réussite, on obtient de meilleurs résultats. Se fixer un but, c’est engager sa parole, et la parole a le pouvoir de créer un avenir meilleur. C’est par l’intermédiaire des concepts, de mots qu’on peut concevoir une réalité nouvelle – littéralement lui donner naissance. Les objectifs fixés enracinent en nous et en ceux qui nous entourent la conviction que nous sommes capables de surmonter les obstacles. Représentez-vous votre vie comme un voyage. Vous marchez, sac au dos; vous avancez à belle allure, quand soudain vous vous retrouvez face à un mur qui vous barre le chemin. Que faites-vous? Demi-tour, pour ne pas affronter le défi lancé par le mur? Ou bien adoptez-vous l’attitude opposée, à savoir jeter votre sac à dos par-dessus le mur et chercher par tous les moyens à le franchir, le contourner, ou l’escalader? Même si, en s’engageant verbalement, si audacieuse et exaltante que soit la parole donnée, on ne garantit pas qu’on arrivera à destination, la démarche augmente la probabilité du succès. Si l’on s’engage, si l’on balance son sac par-dessus le mur, on fait la preuve qu’on a foi en soi, qu’on se croit capable de réaliser l’avenir qu’on a imaginé. Au lieu de se borner à réagir à la réalité, on crée sa réalité.

Vivre au présent

Au lieu de nous laisser asservir par le passé ou par l’avenir, nous devons apprendre à tirer le maximum de ce qui est là, devant nous, autour de nous, en ce moment même. Une vie heureuse – ou plus heureuse – ne résulte pas de quelque événement extraordinaire, de nature à bouleverser l’existence entière ; elle se construit peu à peu, expérience après expérience, période après période. On mène une existence heureuse quand on tire du sens et du plaisir dans le temps passé avec ses proches, dans l’acquisition de connaissances nouvelles, ou dans la mise en œuvre de tel projet qui nous intéresse. Plus nos journées seront pleines de ce vécu-là, plus nous serons heureux.

Tal Ben-Shahar

Titulaire d’un doctorat de psychologie et de philosophie, Tal Ben-Shahar a donné un cours sur la psychologie positive à Harvard. Il intervient dans le monde entier auprès de cadres de sociétés multinationales, devant le grand public et auprès des populations à risques.

2 clés pour être plus heureux

1 Se créer des rituels. Si nous voulons apporter un changement positif dans notre vie, pour devenir plus heureux que nous le sommes, nous devons nous créer des rituels motivés par des valeurs personnelles importantes. Cela peut être de faire du sport trois fois par semaine, méditer ou prier tous les matins, sortir avec mon conjoint tous les mardis, me détendre une heure par jour avec un livre, etc. Quand ils seront définis, inscrivez-les dans votre agenda. « Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. Aussi l’excellence n’est-elle pas un acte mais une habitude » (Aristote).

2 Tenir un journal de gratitude. Les études montrent que les personnes qui tiennent un « journal de gratitude » jouissent d’un niveau de bien-être physique et affectif supérieur. Tous les soirs, avant de vous coucher, mettez noir sur blanc au moins cinq faits qui vous rendent ou vous ont rendu heureux – qui suscitent en vous un sentiment de gratitude. Il peut s’agir de détails comme d’événements majeurs : un bon repas, une conversation enrichissante avec un ami, Dieu lui-même, etc. Réitérer fréquemment cet exercice apprend à apprécier les côtés positifs de votre vie au lieu de les considérer comme allant de soi.

TÉMOIGNAGE « Mes désirs les plus profonds »

Le conseil qui a mis Tal Ben-Shahar sur la voie de ses propres recherches.

Après ma maîtrise de philosophie, comme je ne savais trop où me diriger, mon professeur m’a dispensé plusieurs conseils. « La vie est courte. En choisissant une voie, assurez-vous d’abord de repérer les choses que vous pouvez faire. Parmi elles, ne retenez que celles que vous voulez faire. Puis réduisez encore votre choix en vous concentrant sur ce que vous voulez vraiment faire. Pour finir, sélectionnez seulement les choses que vous voulez vraiment, vraiment faire. Ensuite, foncez. » En somme, il m’a dessiné virtuellement quatre cercles concentriques, celui du milieu contenant les quêtes qui me rendraient le plus heureux. Le cercle extérieur symbolise les possibilités qui me sont offertes. Le plus petit englobe mes besoins et désirs les plus profonds. C’est en recherchant ceux-ci que je me sentirai exister de manière authentique et que je réaliserai mon rêve en tant qu’auteur de ma propre vie. Nous ne pouvons pas toujours nous offrir le luxe de suivre les prescriptions du cercle intérieur, nombreuses étant les contraintes échappant à notre contrôle. Toutefois, en répondant franchement et scrupuleusement à ces questions, on peut s’embarquer pour un voyage menant à l’accomplissement de ses rêves.

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