Transformer la colère en énergie positive

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Développement personnel. La colère est une émotion qui peut avoir des conséquences lourdes. Comment la comprendre, la gérer et en faire bon usage.

Par Nathalie Dedebant, Jean-Louis Muler, Emmanuel Portanéry et Catherine Tournier.

Ce qui la déclenche

La colère est une émotion comme une autre : elle n’est ni positive ni négative par elle-même, c’est une donnée qui signale le niveau d’insatisfaction éprouvé face à une situation, une personne, ou soi-même. Elle est, pour la plupart d’entre nous, déplaisante, son intensité peut être difficile à supporter, elle surgit soudainement, et peut nous envahir, se traduit par des signes corporels qui lui sont propres. Mais à ce titre, elle est, comme les autres émotions, très utile, puisqu’en y étant attentifs, nous pouvons découvrir ce qui nous fait réagir de cette manière inhabituelle. Elle nous éclaire sur ce qui empêche notre satisfaction et elle appartient à la catégorie des émotions qui donnent de l’énergie pour atteindre ce que nous désirons.

L’adrénaline ne devient pas hormone de colère tant qu’elle n’est pas associée à une provocation, à un sentiment d’injustice ou à une interprétation spécifique des événements. En effet, la présence d’un facteur psychologique est indispensable pour qu’une contrariété se transforme en colère. La colère est donc étroitement liée à notre manière de percevoir et de penser.

L’expression la plus courante de la colère par l’agressivité verbale ou physique est un mécanisme de défense : il permet de faire porter à l’interlocuteur, ou à la situation, la responsabilité de ce qui se déroule chez soi. On bloque ainsi l’accès à des sentiments douloureux : angoisse, humiliation, perte, frustration, sensation de vide, impuissance, tristesse, déception… Tous ces sentiments sont en réalité issus de la peur commune de souffrir et cachent des besoins fondamentaux communs à tout être humain. Il est difficile de renoncer à la colère lorsqu’on a appris à l’utiliser comme moyen de défense protégeant des peurs personnelles (peur d’être insignifiant, d’être incompétent, d’être non aimable) et interpersonnelles (peur d’être ignoré, d’être humilié, d’être rejeté) que nous préférons ne pas éprouver. L’agressivité nous protège contre nous-mêmes et non des autres et en ce sens la colère est à la fois protectrice et néfaste. En nous empêchant d’affronter nos peurs, la colère ne nous permet pas d’accéder à nos besoins les plus profonds et ainsi de trouver une stratégie adéquate pour les satisfaire tout en maintenant la relation à l’autre.

La colère est le signe d’un besoin non satisfait en nous

À qui la faute ?

Le besoin de trouver un coupable est le fondement même de notre colère : dès qu’un tiers est jugé coupable, il est plus facile de détourner notre attention de notre propre souffrance et de commencer à recenser les torts et les injustices subis. Or, la situation n’est jamais qu’un stimulus. Elle n’est pas la cause des réactions qu’elle provoque. Il en est de même pour la personne stimulus : si chacun reste toujours responsable de ses actes – actes qui peuvent factuellement être décrits et à propos desquels le désaccord est impossible – faire porter en plus à l’autre la responsabilité de ce qu’on ressent, sous forme d’expression de colère, relève en revanche d’un amalgame. Il ne peut qu’engendrer des mécanismes de défense, qui, à leur tour, risquent de se répondre pour aboutir rapidement à un conflit.

Cette distinction est fondamentale : chacun est seul responsable de ses actes et de leurs conséquences, tout comme chacun est seul responsable de ses pensées et de ses sentiments face aux actes d’autrui quelles que soient les situations. Chacun a donc l’entière responsabilité de ses propres sentiments de souffrance jusqu’à un certain point, et en cela il revient à chacun de modifier ses stratégies de « gestion » de ses pensées pour décider en conscience d’agir plutôt que de réagir.

La colère est très souvent utilisée pour contraindre autrui à changer. Cela donne l’impression à l’autre d’être atteint dans son intégrité et de perdre en quelque sorte une partie de son identité. En conséquence, il va résister et apprendre à vous repousser, vous et votre colère, car il aura beaucoup trop peur de perdre son identité et son autonomie. Il va alors mettre en place des défenses types pour ne pas être blessé ou manipulé et vous obtiendrez l’inverser de ce que vous souhaiteriez : fuite, humiliation, reproches, excès, sabotage passif ou agressif, et toutes sortes de manœuvres d’autodéfense.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Nathalie Dedebant, coach consultante, Jean-Louis Muler, spécialiste de l’approche systémique en Europe, Emmanuel Portanéry coach consultant et Catherine Tournier,coach et consultante.

3 Clés pour : Vivre une saine colère

1. La méthode « je ». Les jugements de valeur, sous le coup de la colère, sont offensants et humiliants et génèrent rancœur, désir de vengeance, agressivité ou gestes désespérés. Est-il préférable de ne rien dire ? Non, exprimez votre avis, votre opinion ou votre colère, en employant le « je » : « Je suis inquiet », « Je ne suis pas d’accord », « Je suis énervé »… Vous donnez ainsi des informations relatives à vous, sans en faire une généralité non négociable.
2. Les « trois phrases ». Au lieu de faire un long discours moralisateur ou d’exploser de colère lorsque quelqu’un adopte un comportement qui ne vous convient pas, vous lui exprimez votre désaccord en gardant votre calme et en clarifiant brièvement la cause de cette émotion. Les trois phrases à compléter son : « Lorsque tu fais (décrire)… je me sens (émotion)… parce que (raisons objectives ou subjectives)…

3. La distance, la lenteur et le tri. Distance : c’est une prise de recul, une capacité à vivre les événements en se dissociant. Il faut « tenir la distance », c’est-à-dire ménager son énergie pour tenir longtemps sans s’épuiser avec des excès répétés de colère. Lorsque la colère émerge en vous, extirpez une part de vous de la crise pour la voir de plus haut. Lenteur : la colère vous met en situation d’urgence, voire en panique. Il convient donc de reprendre le pouvoir sur soi et les autres grâce à la lenteur. Tri : ne laissez pas les autres confondre fait, opinion, jugement de valeur et sentiments, lorsqu’ils vous agressent. Ne les confondez pas non plus. Un fait est-il exact ou non ? Cela, vous pouvez le vérifier. En revanche, face à des opinions et des jugements de valeurs arbitraires, vous pouvez renvoyer à l’autre : « C’est votre opinion » ou « Les goûts et les couleurs ne se discutent pas », et ajouter ensuite : « Revenons-en aux faits », pour dépassionner le débat et atténuer la colère exacerbée.

TÉMOIGNAGE : « Je suis très en colère ! »

Pendant son jour de congé du lundi, Céline a nettoyé la moquette de la maison. Elle s’attend à ce que son effort soit reconnu par son mari…

En revenant du travail, Christophe, le mari de Céline, commet une triple maladresse : il ne voit pas que la moquette a été nettoyée ; il dit à son épouse qu’elle a de la chance de ne pas travailler le lundi et laisse des traces de boue sur son passage. Céline sent la colère monter en elle. Elle l’exprime sur un ton vif : « Tu rentres du travail sans faire attention au fait que j’ai nettoyé la moquette. Tu me dis que j’ai de la chance de ne pas travailler le lundi. Et en plus tu laisses des traces de boue sur la moquette. Je suis très en colère ! » Christophe est informé de sa maladresse et de l’effet provoqué par son comportement. Il peut alors s’excuser, proposer de nettoyer les taches de boue, emmener sa famille au restaurant, offrir des fleurs à Céline le lendemain, ou toute autre option acceptable pour les deux époux. Ils sont alors disponibles pour vivre d’autres événements sans s’encombrer du passé et en confortant leur complicité. L’expression sereine de la colère est une information pour les destinataires du message. Ils peuvent, s’ils le veulent, entrer dans une phase de négociation, partager l’émotion, apporter du réconfort, proposer de l’aide… 

Pour aller plus loin :

Transformez votre colère en énergie positive ! Poser les limites et se faire respecter, Nathalie Dedebant, Jean-Louis Muller, Emmanuel Portanéry, Catherine Tournier, Eyrolles, 2015

Les ressources insoupçonnées de la colère, Approche de la communication non violente, Marshall Rosenberg, Jouvence, 2012

 

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