Grégory Turpin : Attention, talent !

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Rencontre. Chez Universal Music Group, il vient de sortir Mes racines, un album qui rassemble les plus beaux chants chrétiens d’hier et d’aujourd’hui. Grégory Turpin est la voix du folk catho qui a séduit l’Olympia.

Propos recueillis par Magali Germain.

Après le succès de Thérèse, Vivre d’Amour, disque de platine, Grégory Turpin continue à creuser le sillon d’une musique catho tendance. Avec Mes racines, un petit dernier né chez Universal, le chanteur ariégeois sublime un digest de tubes liturgiques piochés dans le répertoire catholique. Elle court, elle court, la petite musique de la foi. On tressaille pour ce son folk plein de sens. Ce disque remonte des racines spirituelles d’un jeune premier qui redonne des ailes à la musique chrétienne.

Catholique, à 34 ans, pas trop saoulant?

Au contraire, je trouve ça super, et même de mieux en mieux.

Pourquoi une major comme Universal a-t-elle cru en toi?

J’ose espérer qu’ils m’ont reconnu un peu de talent. Ils ont surtout cru en ma démarche. Depuis dix ans, je mets toute mon exigence artistique au service de ma foi. Elle est essentielle à ma vie. Chemin faisant, j’ai acquis un public. Des gens me suivent. Il y a une vraie demande.

Le répertoire catho, est-ce un bon plan de carrière dans la chanson?

Pas vraiment. Si j’avais voulu faire carrière, j’aurais fait un autre choix. Il y a dix ans, quand j’ai débuté, il m’était impensable de rejoindre une grande maison de disque. Aujourd’hui, pourtant, j’ai signé avec Universal.

La musique chrétienne serait-elle en train de se tailler une part dans le marché du disque?

Elle en a une dans tous les autres pays. J’ose espérer qu’elle en aura une en France. C’est ce qu’espère aussi la major Universal qui vient d’ouvrir un département de musique chrétienne.

Avec Mes racines, dans quel univers musical invites-tu ton public?

J’ouvre la porte d’un univers folk. Avec guitares, vrais instruments, enregistrements en live. J’avais aussi envie de partager un petit tour de notre histoire chrétienne. Des Noëls en famille, des mariages, des baptêmes, chrétien ou pas, on en a tous vécus. Dans le répertoire catholique, il y a de belles mélodies à redécouvrir.

En effet, ça groove grave du côté des arrangements?

J’ai eu la chance de travailler avec le talentueux Laurent Marimbert, un grand, qui a fait beaucoup de très gros albums. Laurent a notamment travaillé sur Rédemption, l’album testament de Daniel Darc. Cet écorché vif du rock français avait surpris tout le monde par sa conversion au protestantisme. Après une vie d’excès, ce retournement a beaucoup marqué la scène musicale. Je me souviens d’une interview dans les Inrockuptibles. On lui demandait ce qu’il lisait comme bouquin. Il répondait qu’il lisait les Évangiles parce que tout le reste était sans intérêt à ses yeux.

«L’âme est le lieu le plus intime à nous-même où Dieu peut se révéler»

Comment t’es-tu sorti de la drogue?

Une nuit. Je sortais d’une boîte. Il faisait froid. J’avais trente kilomètres pour rentrer. On m’a proposé une drogue plus dure que celle que je consommais jusque-là. J’ai eu une prise de conscience. J’ai su que si j’allais plus loin, ce serait sans retour. J’ai refusé. Je suis rentré en sanglots. J’étais en colère contre moi, contre Dieu. Chez moi, je suis tombé sur un poème de sainte Thérèse de Lisieux. «Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère / Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit. / Tu le sais, ô mon Dieu! pour t’aimer sur la terre / Je n’ai rien qu’aujourd’hui!» Plus tard, j’ai compris qu’un miracle avait eu lieu cette nuit-là. J’avais refusé. La volonté de dire non, c’est un vrai miracle. Les miracles ce ne sont pas des choses forcément extraordinaires. On attend de Dieu qu’il change les choses. Moi, j’ai vu et j’ai touché combien il est miséricordieux.

Tu es proche de Marc Lavoine, Grégoire, Natasha St-Pier, qui d’autre?

Mon plus grand people, c’est le Christ.

Chouchou des people, comment fais-tu pour chouchouter ton âme?

Pour chouchouter son âme, il ne faut pas être people justement! J’ai une vive conscience de mes limites. Je vis simplement dans une petite chambre. J’ai besoin de solitude.

Au fait, c’est quoi l’âme?

L’âme c’est le lieu le plus intime à nous-même où Dieu peut se révéler.

Ta Bible au format tweet?

Dieu est Amour.

Et ton Dieu aime-t-il la musique?

Je pense que oui. Déjà, mon Dieu, il chantait les psaumes. La musique est le vecteur de la foi. Elle l’a toujours été. Dans Mes racines, je pars du répertoire grégorien et je poursuis la sélection jusqu’à nos jours. La musique est dans nos églises. Les chrétiens aiment chanter. Pour moi, chanter est essentiel à notre foi.

Une de tes chansons s’appelle Laudate dominum, traduction?

Ça veut dire «Louez Dieu!» en latin.

Mais encore?

Pour moi, c’est un souvenir de Taizé, un lieu incroyable, où on se nourrit de silence et d’intériorité. J’aime beaucoup! Taizé attire des milliers de jeunes qui font la démonstration que la jeunesse est capable de silence et d’intériorité. Elle y aspire même à un âge où paradoxalement on a envie de sauter partout.

As-tu déjà croisé un ange?

Il y a des gens, dans mon parcours, qui m’ont apporté beaucoup et qui ont ensuite disparu de ma vie. Je pense qu’il y a des anges comme ça sur terre.

Que penses-tu de Soeur Cristina?

Je l’ai rencontrée. J’étais très timide devant elle. Impressionné. Elle a un talent. Elle donne un vrai témoignage de religieuse épanouie. Je prie pour elle, pour sa mission, pour qu’elle fasse de bons choix.

Tu as 34 ans, crois-tu que ta foi va durer longtemps encore?

J’espère, toute l’éternité! Enfin, toute ma vie parce que, au Ciel, je n’aurai plus besoin d’avoir la foi, je verrai Dieu face à face. 

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