Pour ne plus avoir peur de la mort

by Alexandre Meyer

Nicolas Diat, écrivain et fin connaisseur de la vie de l’Église et du Vatican, est le co-auteur avec le cardinal Robert Sarah de trois ouvrages importants parus chez Fayard : Dieu ou rien, La Force du silence et dernièrement Le soir approche et déjà le jour baisse. Son dernier livre vient de paraître en poche aux Éditions Pluriel : Un temps pour mourir – Derniers jours de la vie des moines. Cet ouvrage a reçu le Prix du Cardinal Lustiger, Grand Prix de l’Académie française. 

Par Martin Trannoy

Dans un monde où le transhumanisme est déjà roi et dominés par le rêve de l’immortalité, les hommes n’osent plus regarder en face l’inéluctable, frappés qu’ils sont de tétanie devant l’achèvement naturel de toute vie humaine. La peur nous empêche de regarder en face la mort dont nous nous rapprochons tous un peu plus à chaque seconde qui passe.

Dans son dernier livre, Un temps pour mourir, Derniers jours de la vie des moines (Fayard, paru en poche aux Éditions Pluriel), Nicolas Diat regarde droit dans les yeux la grande faucheuse pour mieux la présenter aux hommes. Osons dire : pour que les hommes l’apprivoisent. Le constat de l’écrivain dès l’introduction est frappant : « Aujourd’hui, la liturgie de la mort n’existe plus. Or les peurs et les angoisses n’ont jamais été aussi fortes. Les hommes ne savent plus comment mourir. » Le livre s’articule comme une succession de courtes nouvelles, chacune plongée dans l’atmosphère d’une abbaye et d’une communauté religieuse différente, visitant tour à tour ces grands monastères françaises, havres de paix et d’harmonie, dont les retraitants préservent jalousement le secret et se partagent l’adresse à mots couverts. À travers eux, il désire nous montrer l’importance de la préparation à ce grand passage, nous rappelant que le chemin commence dès ici-bas et dès à présent.

Comment bien vivre si nous nions l’existence de la mort, si nous refusons catégoriquement qu’un jour il nous faudra partir ? La peur et l’anxiété face à notre finitude sont naturelles et ne sont pas mauvaises en soi, mais il faut nous préparer à leur faire face et c’est l’objectif de ce livre. Il nous révèle que les moines, hommes de Dieu, souffrent et ont peur, comme nous.

Frère Vincent, chanoine à l’abbaye de Lagrasse cité en exemple par l’auteur, est mort à trente-huit ans d’une sclérose en plaques. Son état empirant de manière rapide et imprévue, c’est à l’inacceptable que ses frères ont dû se résigner : voir un homme dans la fleur de l’âge et qui a donné sa vie à Dieu être rappelé à la poussière aussi prématurément. Père Emmanuel-Marie, supérieur de la communauté, nous livre dans ces pages la peur de mourir qui étreignit le frère Vincent jusqu’à la veille de son trépas. Psychologiquement et physiquement, ses souffrances étaient extrêmes, et ses angoisses perpétuelles. Jusqu’au dernier jour, les spasmes le déformaient. Ce n’est pas parce que l’on a déjà depuis des années ou des décennies un pied sur terre et l’autre dans l’éternité que la perspective du grand bond nous fait sourire ! Mais, s’abandonnant à Dieu, il s’endormit dans la paix et « à l’heure de sa mort, il était rayonnant. »

Dom Patrick, supérieur de l’abbaye de Sept-Fons, nous redit, sous la plume de Nicolas Diat, que les moines sont d’abord des hommes et que Dieu ne leur épargne pas les maladies ni les douleurs. Frère Paul est mort à quatre-vingt-deux ans, d’un cancer du pancréas qui l’emporta en trois mois. Après le rejet, le déni et la colère qui l’ont plongé dans une profonde dépression, le moine s’en est remis à Dieu, lui faisant confiance et entrant dans l’espérance. Malgré ses souffrances et le traitement lourd par morphine, aux frontières de l’acharnement thérapeutique, il a attendu d’être rapatrié au monastère pour partir en paix au milieu de ses frères.

A l’instar de ces hommes de Dieu, n’ayons pas peur de nous préparer dès aujourd’hui à la fin de notre parcours sur Terre. Et, à la suite de saint Pie X, apprenons à nous en remettre sereinement à la volonté divine, à nous confier à Dieu qui connaît, lui, l’heure de notre mort :

« Ô Jésus, adorant votre dernier soupir, je vous prie de recevoir le mien. Ignorant actuellement si j’aurai le libre usage de mon intelligence quand je quitterai le monde, je vous offre dès maintenant mon agonie et les douleurs de mon trépas. Dès aujourd’hui j’accepte volontiers et librement de votre main le genre de mort qu’il vous plaira avec toutes ses douleurs, ses peines et ses angoisses. Vous êtes mon Père et mon Sauveur. Je remets mon âme entre vos mains. Je désire que mon dernier moment soit uni à celui de votre mort, et que le dernier battement de mon cœur soit un acte de pur amour pour vous. Amen. »

Nicolas Diat, Un temps pour mourir : derniers jours de la vie des moines, Éditions Pluriel, 2019, 225 p., 9 €

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