#pasdevague, le syndrome #metoo des profs de France ?

by Hélène Bordes

Difficile de ne pas tomber dans la même douloureuse hébétude que cette professeure de Créteil, en voyant la scène qui tourne en boucle sur tous les écrans du pays depuis le 20 octobre. La violence tient autant dans l’arme factice qu’un élève braque sur son visage que dans les railleries dont elle est accablée par ses camarades et le voyeurisme de celui qui la filme. Toute la profession tire la sonnette d’alarme : cela va trop loin.

Une femme résignée à subir une humiliation de plus, muette et assise prostrée à son bureau pendant qu’un élève retardataire, goguenard, la somme d’inscrire “présent” sur le cahier de texte en pointant sur elle le canon d’une pistolet à bout touchant… Médusé, le spectateur du journal télévisé croit assister à un attentat terroriste. Pourtant, les rires et les quolibets fusent. Personne ne s’interpose. Un élève filme toute la scène et excite son camarade. D’autres humilient la professeure en mimant des gestes obscènes derrière son dos. La France assiste en direct au naufrage éducatif de son système scolaire.
Quelques heures seulement après la diffusion des images, le hashtag #pasdevague a inondé la Toile. La chape de plomb s’est fissurée et des professeurs anonymes par centaines expriment en coeur leur ras-le-bol face à la montée de la violence scolaire. Emmanuel Macron a bien sommé ses ministres sur Twitter, de faire en sorte que « ces faits soient punis et définitivement proscrits des écoles » mais les enseignants n’y croient plus.
A l’instar des femmes victimes de violences sexuelles et du #metoo qu’elles ont brandi, pendant un an, au visage d’une société qui ne voulait pas voir leur souffrance, le corps enseignant passe aux aveux et dénonce avec ses mots, parfois crus, les violences qu’il subit à l’école. Mal payé, méprisé et dangereux, le métier connaît une dure dépression dont rien ne semble pouvoir le faire sortir. Le slogan s’est imposé comme un pied-de-nez à la passivité de la hiérarchie et à la langue de bois de l’administration : “pas de vague”. Le tsunami de messages de mécontentements, lui, est bien là : plus de 170 000 messages portant ce hashtag ont été publiés sur la plateforme en moins de deux jours.
Portiques de sécurité à l’entrée de l’école, policiers devant les établissements ou jusque dans les classes, interdiction du téléphone portable ? Bien peu y voient une solution au problème de la violence à l’école. Le mal est plus profond et ne réclame qu’à se déchaîner quel que soit le moyen, et les témoignages qui abondent en ce sens le prouvent.
Désormais la balle est dans le camp des parents, des journalistes et des élus insistent la plupart des professeurs en pointant le déficit d’autorité des uns, l’omerta des autres et le laxisme des derniers. Désormais, plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.

Vous aimerez aussi

Vous aimez lire

Renseignez votre adresse email ci-dessous
Vous recevrez ainsi chaque mois L’1visible gratuitement dans votre boîte mail

NON MERCI