Olivier Bonnewijn : Divorce et les enfants ?

by Hélène Bordes

Famille. Si le divorce est une épreuve pour le couple, il l’est au moins autant pour les enfants qui sont le fruit de cette union brisée. Comment aborder cette souffrance avec eux?

  Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Qu’il ait deux, cinq, sept, douze, quinze ou vingt ans, le jeune se sent toujours personnellement menacé et déprécié lorsque ses parents rompent leur engagement matrimonial. Il vit dans la peur diffuse d’être abandonné à son tour : « Si l’amour de papa et maman peut un jour disparaître, se changer en indifférence ou en haine, leur amour envers moi pourrait bien suivre le même chemin ! » Cette angoisse de la séparation se creuse si un de ses parents ne vient le voir que de façon très irrégulière et imprévisible, s’il ne fait pas suffisamment attention à lui, et a fortiori s’il le délaisse effectivement pour des raisons souvent fort complexes : honte de ne pas pouvoir verser sa pension alimentaire, désintérêt réel, immaturité personnelle, etc. La première tâche des parents consiste donc simplement à prendre conscience de cette souffrance, à la reconnaître, à ne pas la nier, à ne pas chercher à la justifier. Même si cela leur coûte beaucoup ou les remet en partie en question, ils ont le devoir en tant que parents de voir la réalité en face. Il est utopique et dangereux de vouloir éviter à son fils ou sa fille une peine profonde en faisant comme si cette dernière n’existait pas.

Disponibilité

Des parents qui divorcent – et qui pour certains se remarient – ont en général peu de temps, de force et de disponibilité à consacrer à leur enfant en détresse. Ils traversent eux-mêmes une « vallée de la soif », avec son lot d’angoisses, d’agitations et de peines. Ils ont eux-mêmes besoin d’être aidés. Une telle constatation n’entend évidemment pas juger ces personnes, ou nier l’amour surabondant qu’elles veulent prodiguer à leurs fils et à leurs filles. Non, nous voulons simplement relever les conditions objectivement difficiles dans lesquelles un tel amour doit trouver sa route. Cet amour commence par une réelle disponibilité extérieure et surtout intérieure à ce que vit l’enfant. Il s’agit d’être là, à ses côtés, comme n’importe quel parent de la terre. L’enfant en tant qu’enfant a droit à cette présence. Il en a besoin afin de traverser la redoutable épreuve qui lui est imposée. Pour que l’enfant demeure enfant, il faut que les adultes demeurent adultes, ou du moins fassent leur possible pour se conduire comme tels.

Dire la vérité

Cette disponibilité « d’un cœur qui comprend » amène chaque parent à communiquer en toute loyauté avec son enfant, à chercher les mots pour lui exprimer humblement et sobrement une vérité délicate, à lui donner la possibilité de poser des questions. « Nous avons décidé de nous séparer pour toute une série de raisons. C’est infiniment douloureux pour toi. Pour moi aussi. J’en suis profondément triste et désolé(e). Tu es et resteras toujours mon enfant bien-aimé. Je ne t’abandonnerai jamais. Sache que tu n’es absolument pour rien dans nos problèmes de couple et d’adultes. » Ces paroles ou d’autres semblables, l’enfant a un besoin vital de les entendre. À partir de ces paroles difficiles à formuler – mais ô combien libératrices pour tout le monde –, l’enfant pourra entreprendre un indispensable travail de deuil. Durant de longues années, il passera et repassera par des moments de déni, de révolte et de colère, de marchandage, de tristesse et d’acceptation. Il pourra ainsi s’engager sur un chemin d’apaisement.

Parler

Parler est donc essentiel. Écouter également ! Il est important que l’enfant mette lui-même des mots sur les événements et les émotions qui l’affectent, nomme les sentiments qu’il éprouve, verbalise ce qu’il ressent. Il doit pouvoir trouver un espace auprès d’adultes de confiance pour dire ses craintes, sa tristesse, son chagrin, sa colère, sa révolte, son scandale, son désespoir. Il ne suffit donc pas de dire la vérité à l’enfant. Encore faut-il lui permettre de se l’approprier, de se la dire à lui-même et de la faire sienne pour qu’il soit en mesure de rouvrir en lui-même les portes de son avenir. Notons qu’il faut être tout aussi attentif à l’enfant qui ne semble pas atteint, car il peut également se situer sur le mode du déni – ce qui à long terme, peut l’enfermer dans une posture inauthentique.  

Olivier Bonnewijn

Il est prêtre du diocèse de Bruxelles depuis 1993 et membre de la communauté de l’Emmanuel. Après une maîtrise en philosophie, il a effectué un doctorat  à l’Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille à Rome. Vicaire épiscopal à la formation, il enseigne à la faculté jésuite de théologie à Bruxelles (IET).

 

2 CLEFS POUR : Coopérer entre parents

 1.S’abstenir de dire du mal l’un de l’autre est déjà beaucoup, mais n’est pas satisfaisant. Les parents, autant que faire se peut, doivent s’efforcer de parler de façon concordante, tâche qui n’est pas facile même pour un couple qui s’entend bien. Ils sont appelés à maintenir une certaine cohérence éducative, à communiquer entre eux à cet effet, à prendre ensemble les décisions importantes pour la vie de leur enfant. Le défi à relever est grand. Les enjeux le sont aussi. Coopérer. Une juste coopération entre époux divorcés s’avère nécessaire pour le bien de l’enfant.

2.  Apaiser les conflits. Les parents sont invités à poursuivre un chemin d’apaisement des conflits restés latents, à marcher dans la direction du pardon. Du point de vue du bien des enfants, il s’agit de soulager l’écartèlement lancinant dont ceux-ci sont victimes. Qu’on le veuille ou non, leur cœur habite toujours le lien conjugal détruit ou blessé. Il revient aux parents de leur rendre ce lien – cette « maison » – viable par un « assainissement » de leurs antagonismes, de leurs offenses et de leurs rivalités d’adultes. Les exigences de la concordance éducative vont jusque-là. Elles permettent à l’enfant de s’unifier et de se réunifier dans les conditions difficiles auxquelles il est confronté.

TÉMOIGNAGE : Un enfant en souffrance

Pour un enfant, le couple de ses parents est le roc de sa vie. Quand celui-ci s’effondre, il peut se sentir perdu, comme le montre cet enfant.

Par une matinée pluvieuse, un enfant de cinq ans assiste pour la première fois de sa vie à une violente dispute entre ses parents. Pris de panique, il s’enfuit et se réfugie sous la table de la cuisine. Sa sœur aînée vient le consoler. Penaud, il sort de son abri et lui demande en tremblant: «Comment est-ce que je m’appelle? J’ai oublié mon nom.» Son origine – l’amour de ses parents – étant soudain brisée à ses yeux, ce jeune garçon avait perdu la perception de son identité et de sa place dans l’existence. Il était devenu «un être incompréhensible pour lui-même». Cet événement manifeste à sa manière la puissance destructrice des graves conflits conjugaux. Ces derniers, lorsqu’ils s’installent durablement et sont stigmatisés par une séparation, marquent les enfants à jamais et influent profondément sur leur évolution. Leur impact varie fortement en fonction de l’âge de l’enfant, de son sexe et de son stade de développement: la phase œdipienne avec l’intégration de l’interdit de l’inceste, l’âge de raison avec son exigence de règles claires, l’adolescence avec son besoin de stabilité parentale pour pouvoir se trouver lui-même et prendre son envol. a

 

Pour aller plus loin :

Parents au lendemain du divorce, Olivier Bonnewijn, Éditions de l’Emmanuel, 2010

Les aventures de Jojo et Gaufrette , Tome 4 : Orage dans la maison, Olivier Bonnewijn, Éd. de l’Emmanuel, 2010

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