L’itinérance mémorielle du Président de la République se poursuit chaotiquement sur les traces des Poilus

by Hélène Bordes

Emmanuel Macron poursuit sa tournée dans le Nord et l’Est de la France sur les lieux de mémoire de la Grande Guerre. Tout en commémorant le sacrifice de nos soldats, le Président se livre “en même temps” à un périlleux exercice de pédagogie sur sa politique.

Désireux de « lier les douleurs d’hier à celle d’aujourd’hui », le chef de l’Etat a involontairement transformé son “itinérance mémorielle” en véritable chemin de Croix. Les critiques et polémiques qui pimentent les séquences politiques du long voyage d’Emmanuel Macron sur le front de la première Guerre mondiale n’en finissent pas d’embrouiller la perception des commémorations dans l’esprit des Français. Soucieux de commémorer le centenaire de la guerre 14-18 et de réconcilier les Français avec sa politique ou d’expliquer les réformes du gouvernement, le chef de l’Etat a donc mélangé les séquences mémorielles et les rendez-vous sur le terrain économique. Emmanuel Macron a ainsi doublé ses visites de Morhange, des Eparges ou de Verdun d’un détour dans un Ehpad, un centre social ou des entreprises. Hélas, l’accueil glacial ou carrément hostile des Français lors de certains déplacements de même que les polémiques parfois déclenchées par le chef de l’Etat lui-même ont jeté son itinérance dans la tourmente.
L’annonce de la panthéonisation de Maurice Genevoix et de « Ceux de 14 » annoncée mardi aux Eparges et très chaleureusement accueillie par l’opinion s’est fracassée sur la polémique au sujet de l’hommage que l’armée doit rendre le 10 novembre aux maréchaux de la Grande Guerre, dont Philippe Pétain. “Un très grand soldat à qui il était légitime de rendre hommage” selon le chef de l’Etat interpellé à ce sujet… Devant la levée de bouclier des historiens, de responsables politiques ou religieux et des associations défendant la mémoire des déportés, l’Elysée réduira en catastrophe l’hommage de huit maréchaux aux cinq qui sont enterrés aux Invalides ! La mise en scène des rencontres avec les Français a quand à elle tourné à la catastrophe sur fond de polémique sur le prix du carburant. Comme si cela ne suffisait pas, l’Elysée est empêtré dans un nouveau débat sur le coût de cette « itinérance mémorielle » à la logistique impressionnante : convoi d’une vingtaine de véhicules, villes bouclées, déploiement de forces de l’ordre, hébergement… Faisant souvent figure ces derniers jours de patron du gouvernement et de chef de sa majorité défendant bec et ongle ses réformes, le Président n’est pas encore parvenu à relever le défi qu’il s’était fixé : endosser enfin le costume de l’homme d’Etat qu’il a tant de peine à incarner aux yeux de l’opinion.

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