L’embryon est-il humain ?

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Débat. L’embryon peut-il être utilisé pour la recherche scientifique et détruit ? Les députés ont répondu oui le 16 juillet à l’Assemblée nationale, en votant la loi qui l’autorise. D’autres pensent à l’inverse qu’il est « le père des humains » et qu’on lui doit le même respect qu’aux hommes.

Débat entre Lili Sans-Gêne et Pierre-Olivier Arduin.

1. L’embryon est comme un « entre-deux » : on ne peut pas démontrer que c’est déjà un humain, c’est plutôt une « énigme ». Donc il n’y a pas de raison de lui accorder la dignité d’un être humain. Il a le potentiel d’un être humain, mais il ne l’est pas encore.

Au moment de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde apparaît un nouvel organisme biologique d’une complexité prodigieuse que les scientifiques appellent embryon. Une nouvelle vie humaine débute au moment de cette rencontre, lorsque toute l’information génétique du père se réunit à celle apportée par la mère. Dès cet instant, le patrimoine génétique d’une nouvelle personne s’est constitué. L’ADN de cet organisme vivant qu’est l’embryon est celui de l’espèce humaine, il s’agit donc bien d’un être humain. Totalement autonome dans son développement, cet embryon va construire sa propre forme, sans aucune discontinuité, à partir d’une activité biologique qui jaillit d’un plan programmé dans son propre génome. On peut ainsi dire que l’embryon est très précisément, et sans aucun doute possible, le point de l’espace et du temps où un être humain commence son propre cycle vital. Il ne s’agit pas d’un individu abstrait mais bien d’un être humain, celui qu’on peut déjà appeler Enzo ou… Lili. Vous voyez que les plus récentes acquisitions de la biologie nous permettent de dire que l’embryon humain est bien un être humain. Et nous pouvons même affirmer qu’il s’agit d’une personne humaine. A-t-on déjà vu des êtres humains qui ne soient pas des personnes ? Ceux qui ont privé arbitrairement certains individus des droits de la personne ont conduit l’humanité au bord de l’abîme comme ce fut malheureusement le cas avec l’esclavage ou les totalitarismes du XXe siècle.

2. Si l’embryon était un individu, cela signifierait qu’il est « indivisible ». Pourtant, il se divise pour donner deux jumeaux. Donc ce n’est pas un individu humain !

 En effet, dans le cas des vrais jumeaux qui sont des personnes dont le patrimoine génétique est identique (mais qui n’auront pas la même personnalité, car l’homme n’est pas déterminé par ses seuls gènes, il a une nature à la fois corporelle et spirituelle), on a l’impression que les deux individus résultent d’une scission du même embryon. En fait, les choses ne se passent pas ainsi. Après la fécondation, lors d’un stade assez précoce du développement embryonnaire, un groupe de cellules qui composent l’embryon originel se détache pour constituer un second embryon qui va alors évoluer indépendamment du premier. Ce n’est donc pas l’embryon initial appelé Pierre qui se divise en deux nouveaux êtres humains Paul et Jean comme si Pierre disparaissait, mais au contraire la première vie conçue, celle de Pierre, continue son parcours tandis qu’entre-temps est apparu un nouvel être humain, par exemple Thomas. Le second jumeau est donc plus jeune que le premier de quelques heures à quelques jours selon le moment où le second groupe de cellules s’est séparé du premier embryon !

3.L’Église est bien seule à défendre l’embryon et en plus elle le fait avec des arguments religieux que tout le monde ne partage pas.

L’Église est convaincue que science et foi ne peuvent se contredire. Elle nous rappelle ainsi, par la voix de Benoît XVI, que « l’amour de Dieu ne fait pas de différence entre celui qui vient d’être conçu et l’homme âgé ou mûr, car en chacun d’eux il voit l’empreinte de sa propre image et ressemblance ». Mais l’Église s’adresse également à tous les hommes qui cherchent la vérité et sont attentifs à la raison, c’est pourquoi elle met aussi en avant des arguments scientifiques très rigoureux – en particulier ceux que je viens de vous exposer – pour demander une protection juridique absolue de l’embryon humain. Ainsi l’Église ne craint pas de dire à ses interlocuteurs que son enseignement est valable parce qu’il a « démontré la continuité du développement de l’être humain sur la base de solides connaissances scientifiques » (Dignitas personae, 2008, n. 5). C’est à partir de ce raisonnement qui peut être partagé pas tous qu’elle insiste avec force pour que les législateurs, éthiciens et chercheurs du monde entier reconnaissent que « l’embryon a, dès le commencement, la dignité propre à la personne » et en tirent toutes les conséquences sur le plan du respect de sa vie. « Par le simple fait qu’il existe, chaque être humain doit être pleinement respecté » (Dignitas personae, n. 8). Qui ne se retrouverait pas dans cette affirmation de simple bon sens ?

4. La recherche permettra d’utiliser les embryons fabriqués pour des fécondations in vitro et qui dorment dans des congélateurs sans projet parental.

Il est vrai que les fécondations in vitro alimentent des phénomènes faramineux de « stockage » d’embryons. En France, le dernier chiffre connu fait état de plus de 170 000 êtres humains, au début de leur vie, enfermés dans des congélateurs, et dont beaucoup ont été abandonnés par leurs parents. Puisqu’ils vont être détruits à plus ou moins brève échéance, pourquoi ne pas les donner à la science ? C’est en faisant ce genre de raisonnement « utilitariste » que les médecins nazis, dont plusieurs étaient d’éminents professeurs d’université, ont demandé au régime d’Hitler de pouvoir expérimenter sur les prisonniers des camps de concentration. Puisque ceux-ci étaient condamnés à mourir rapidement de faim ou de mauvais traitements, pourquoi ne pas s’en servir pour mener des recherches qui auraient pu faire avancer la science allemande ? Le procès de Nuremberg condamnera en 1947 avec la plus extrême sévérité ces savants pourtant réputés et aboutira à la promulgation solennelle du Code de Nuremberg interdisant toute recherche sur l’homme sans son consentement ou présentant des risques disproportionnés pour son intégrité. La recherche sur l’embryon instrumentalise l’être humain à peine conçu en le réduisant à un vulgaire matériau d’expérimentation, alors qu’il devrait justement être protégé par le Code de Nuremberg si celui-ci était appliqué strictement : par définition l’embryon n’a pas donné son consentement et surtout la recherche menée sur lui aboutit à sa destruction.

5. Ces embryons représentent une extraordinaire matière première pour la recherche : ils ont des propriétés fabuleuses, qui laissent entrevoir de grands espoirs pour l’avancée de la science !

 Quand bien même ce serait vrai, le respect de la vie humaine – surtout lorsqu’elle est fragile et sans défense – doit toujours être au sommet de l’échelle de valeurs d’une société civilisée digne de ce nom. On ne doit donc pas porter atteinte à l’embryon. Mais en plus, la justification médicale de la recherche sur l’embryon est totalement mensongère à l’heure actuelle. Aucune des expériences (qui se comptent sur les doigts d’une main !) menées dans le monde avec des cellules souches d’origine embryonnaire n’a abouti au plus petit début de résultat alors que plusieurs milliers d’essais cliniques utilisant déjà des cellules souches adultes ou extraites du cordon ombilical ont apporté la preuve d’un réel intérêt pour soigner des maladies. De plus, le professeur japonais Yamanaka, qui a mis au point une technique révolutionnaire consistant à reprogrammer des cellules d’un patient adulte en cellules souches qui ont les mêmes propriétés que des cellules embryonnaires, vient de se voir décerner le prix Nobel de médecine 2012, montrant ainsi que science et éthique, loin de s’opposer, font cause commune pour faire progresser nos connaissances et envisager de possibles stratégies thérapeutiques au bénéfice des malades. Seules des raisons idéologiques expliquent l’obstination de certains à continuer à faire de la recherche sur l’embryon au mépris de l’éthique !

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