L’Eglise de France endeuillée par le suicide d’un deuxième prêtre

by Hélène Bordes

Après le drame qui a durement frappé le diocèse de Rouen, la série noire se poursuit à Orléans où un prêtre de 38 ans, entendu comme témoin dans le cadre d’une enquête préliminaire pour «suspicion d’agression sexuelle», s’est donné la mort vendredi 19 octobre.

En 31 jours seulement, deux prêtres diocésains se sont donnés la mort. Une fréquence inédite dans l’histoire de l’Eglise de France qui révèle l’abîme de douleur où certains membres du clergé sont plongés. Un mois à peine sépare les actes irréparables commis par deux prêtres et la même émotion a étreint leurs évêques au moment d’en révéler quelques détails au public. La conférence de presse qu’a donné Mgr Jacques Blaquart, archevêque d’Orléans, résonnait comme un lugubre écho à celle que l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, avait donné quelques semaines avant lui. «Je suis moi-même comme anéanti, brisé par ce qui s’est passé, a expliqué Mgr Blaquart. J’étais régulièrement en lien avec le père Pierre-Yves pendant un mois, par SMS, téléphone et courriel : il me semblait que cela allait.»
Le père Pierre-Yves Fumery avait été entendu à Gien, dans le diocèse d’Orléans, le 15 octobre comme simple «témoin» par la gendarmerie dans le cadre d’une «enquête préliminaire» pour «suspicion d’agression sexuelle». Il en était ressorti sans qu’aucune charge ait été notifiée contre lui, a livré Loïc Abrial, le procureur de Montargis.
«C’est sidérant. Nous sommes désemparés. Tout le monde est choqué. À tous les étages de l’Église catholique, les évêques, les prêtres, les fidèles. Pour y voir clair, nous tentons d’abord de nous poser les bonnes questions. Dont celle de savoir comment accompagner des prêtres qui sont confrontés à ces questions d’abus sexuels» a confié le secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France Vincent Neymon, à nos confrères du Figaro.
L’enquête préliminaire avait été déclenchée après le signalement par trois paroissiens à la cellule diocésaine d’écoute en septembre de «comportement inapproprié» commis par ce prêtre. Une trop grande «proximité physique» avec des adolescentes de 13-14 ans avait éveillé leur attention. Les parents des jeunes filles en question n’avaient procédé à aucun signalement et n’avaient pas déposé plainte.
Le dossier fut toutefois transmis par le diocèse à la cellule de recueil des informations préoccupantes du Loiret entraînant l’ouverture d’une enquête préliminaire le 15 septembre pour «suspicion d’agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans». Dans le même temps, Mgr Blaquart demandait au père Fumery de «prendre du recul» et de se faire aider sur le plan psychologique avant de reprendre ses activités dans sa paroisse de Gien. Le 8 octobre, en accord avec son évêque, le prêtre âgé de 38 ans était revenu dans son presbytère sans mission paroissiale. Une semaine plus tard, la gendarmerie l’a informé qu’il n’encourait pas de poursuites judiciaires. Ce vendredi 18 octobre, le père Fumery a laissé une lettre, demandant pardon pour « son comportement mal ajusté » sans un mot de plus pour expliquer son geste.

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