La Sainte Coiffe du Christ

by Alexandre Meyer

Le diocèse de Cahors (Lot), célèbre jusqu’au 8 décembre 2019 le jubilé des 900 ans de la cathédrale Saint-Étienne, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Pour l’occasion, son évêque, Mgr Laurent Camiade, remet à l’honneur une relique méconnue de la Passion du Christ.

Par Alexandre Meyer Photos : JEAN-FRANÇOIS PEIRÉ / DRAC OCCITANIE

La Sainte Coiffe est traditionnellement vénérée comme le linge funéraire qui recouvrit la tête de Jésus lors de son ensevelissement. Certaines sources attribuent à Charlemagne le don de la relique à l’évêque de Cahors, Aymatus, en l’an 803. D’autres, plus probables, affirment qu’elle fut rapportée de Terre Sainte par l’un de ses successeurs au début du XIIe siècle. Pendant tout le Moyen-Âge, les pèlerins partis du Puy-en-Velay pour Saint-Jacques-de-Compostelle, passaient nombreux en Quercy pour prier devant « le linge de la Passion de Cahors ». Conservé dans le trésor de la cathédrale saint-Étienne depuis 1119, objet d’une grande vénération pendant des siècles, il était pourtant gardé dans le secret d’une chapelle depuis plusieurs années.

UN LINGE FUNÉRAIRE RITUEL

Dans l’Antiquité, le rituel hébraïque de l’ensevelissement prévoyait l’emploi de plusieurs étoffes. Le suaire, d’abord, recouvrait le visage du défunt. Jésus eut probablement la tête enveloppée dès la descente de croix lorsque sa dépouille fut rendue à ses proches. Parvenue jusqu’à nous, cette toile rectangulaire de lin est conservée à la cathédrale d’Oviedo en Espagne. La tête du trépassé était ensuite coiffée d’un bonnet à mentonnière, tenant la mâchoire fermée. Le corps, étendu dans un linceul le recouvrant entièrement, était lié avec d’étroites bandelettes et embaumé (les « parfums » dont parlent les évangélistes Luc et Marc).

UNE CORRESPONDANCE MYSTÉRIEUSE

La Sainte Coiffe présente de nombreuses taches de sang, y compris les stigmates de la couronne d’épines. Le linceul de Turin montre une zone exempte de traces précisément à l’emplacement du bonnet : à l’arrière du crâne, aux joues et au cou du crucifié. Les taches qui imprègnent le suaire d’Oviedo, enfin, présentent une stupéfiante correspondance géométrique avec celles des deux autres reliques.

UNE RELIQUE VÉNÉRÉE ET VÉNÉRABLE

« La Sainte Coiffe de Cahors est une relique très vénérée et très vénérable. Au temps de Pentecôte, l’évêque la montrait à découvert aux fidèles de façon solennelle depuis la chaire », a rappelé Mgr Camiade le jour de son ordination épiscopale. Elle sera portée en procession dans les rues de Cahors le 27 avril pour la première fois depuis 1940.

LE SAViEZ-VOUS ? LA TRADITION ATTRIBUE LE TISSAGE DE LA SAINTE COIFFE À LA VIERGE MARIE.

La Sainte Coiffe fut examinée en 1844 par le célèbre égyptologue Jean-François Champollion. Il put conclure que le tissu, fait de lin d’Égypte, était caractéristique des premiers siècles du christianisme et d’une coutume funéraire de l’Antiquité.

Les dernières recherches scientifiques prouvent que cette relique était encore vénérée à Constantinople au XIe siècle, en la chapelle impériale Notre-Dame du Phare, avec le saint Linceul et les linges de la Passion du Christ au complet.

Réalisé en 1899, le reliquaire est en verre et bronze doré. Autour du pied trônent Charlemagne, le pape Calixte II – celui qui a consacré la cathédrale de Cahors – et saint Didier, un ami du bon roi Dagobert et du grand saint Éloi de la célèbre chansonnette.

VOUS AVEZ DIT RELIQUE ?

Restes corporels – ou objets lui ayant appartenu – d’un saint et que l’on conserve avec vénération. Elles nous rappellent, de manière encore plus concrète qu’une image, sa vie, son histoire, son enseignement. « Les reliques nous conduisent à Dieu lui-même : en effet, c’est Lui qui, par la force de sa grâce, donne à des êtres fragiles le courage d’être ses témoins devant le monde. Les reliques des saints sont des traces de la présence invisible mais réelle qui illumine les ténèbres du monde, manifestant que le règne de Dieu est au-dedans de nous. » (Benoît XVI)

QU’EN DIT L’ÉVANGILE ?

Le Christ est condamné à mort et crucifié un vendredi, la veille de la Pâque, le 14 du mois de Nissan du calendrier hébraïque, l’an 30 ou 33. Joseph d’Arimathie obtint de Ponce Pilate la permission d’enlever son corps sans vie de la croix. Nicodème était avec lui, portant 30 kg d’un mélange de myrrhe et d’aloès. Ils lièrent de linges le corps de Jésus, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts (Jean 19).

LES PREMIERS TÉMOINS

Le dimanche suivant la mort du Christ, premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau avant l’aube. Découvrant la pierre qui le scellait roulée sur le côté, elle court prévenir Pierre et Jean. Jean, plus jeune, arrive le premier au sépulcre. « En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat » mais reste sur le seuil. Simon-Pierre, arrive à son tour et entre dans le tombeau. « Il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. » (Jean 20, 4-8).

LA GARDE D’HONNEUR DE LA SAINTE COIFFE A BESOIN DE VOUS

Jusqu’au 8 décembre, la Sainte Coiffe sera réinstallée dans la cathédrale et visible tous les jours de 9 heures à 19 heures. Pour veiller sur la relique et permettre le bon déroulement de sa vénération par les fidèles, une semaine de service est proposée aux bénévoles, cinq heures par jour, en binôme. Les volontaires seront logés.

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