LA PAUVRETÉ EN HÉRITAGE

by Alexandre Meyer

Aux confins de la Haute-Garonne (31), dans le pays de Comminges qui s’étend sous la crête frontière des Pyrénées séparant la France de l’Espagne, le petit village de Coulédoux domine la vallée du Ger, un affluent de la Garonne. Voilà plus de dix ans que son ancienne école accrochée à flanc de montagne s’est muée en monastère…

TEXTE ALEXANDRE MEYER – PHOTOS ALEXANDRE MEYER / PETITS FRÈRES DE LA MOISSON

La Fraternité monastique des Petits Frères de la Moisson de Jésus-Amour, doit son nom au lieu de sa fondation : la Moissonnais, mais pas seulement. Le frère Charles de Foucauld a beaucoup médité l’évangile du grain de blé tombé en terre : « Il faut mourir pour porter du fruit. » Ce grain de blé est l’image du moine : il doit mourir à sa volonté propre, à ses égoïsmes, pour laisser germer et porter du fruit. C’est la vocation du chrétien.

Sur le scapulaire blanc que les petits frères portent par-dessus leur habit est cousu un grand coeur écarlate surmonté d’une croix : le Sacré-Coeur de Jésus, emblème de la famille spirituelle inspirée par la vie et les écrits du bienheureux Charles de Foucauld : « Ce coeur écrit sur ma robe, il est là pour que je me souvienne de Dieu et des hommes pour les aimer. »

Né en 1858, aristocrate sans dieu, officier, explorateur, Charles de Foucauld se convertit et part vivre au Sahara dans une pauvreté absolue. « L’apôtre des Touaregs » meurt assassiné en 1916 sans avoir obtenu une seule conversion, mais nous a légué un héritage spirituel immense.

Les petits frères portent de simples sandales de cuir, un long rosaire à la ceinture, une barbe fournie et la tonsure orientale – le crâne entièrement rasé –, signe de leur engagement à une vie d’ascèse et au respect de leurs voeux.

La règle de la petite communauté s’écrit jour après jour. Elle s’inspire de la règle de saint Benoît et de la règle de frère Charles, dans l’esprit en tout cas : celle-ci est si radicale que tous ceux qui ont essayé de la suivre scrupuleusement sont tombés malades. « L’Esprit Saint décidera de ce qu’il faut rajouter » sourit le petit frère Yann-Marie.

UNE PETITE FAMILLE

Ils s’appellent entre eux « petits frères » par dévotion aux paroles de Jésus : « Vous êtes tous frères » (Mt 23, 8), « Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 3). Par souci d’accessibilité aux autres aussi, par charité envers tous les hommes et par humilité. « Cela façonne nos rapports : crée une proximité, de la délicatesse envers chacun », explique le petit frère Yann-Marie, fondateur de la communauté.

UNE VIE DE PRIÈRE ET D’ADORATION

La journée débute par les matines à cinq heures et demie, suivies d’une heure d’adoration puis des laudes. Les chants s’élèvent, rythmés par la kora, instrument à corde d’Afrique de l’Ouest. La matinée est consacrée à la nourriture de l’âme : à la lectio divina, à la lecture personnelle et aux études de théologie et de philosophie dispensées par vidéo-conférence, ou bien à préparer l’enseignement de retraitants français, belges ou espagnols.

Après l’eucharistie, le déjeuner est pris en silence. L’après-midi se passe à confectionner des sandales, ceintures et petits objets à l’atelier de cuir, mais aussi des bougies, des confitures, du caramel…

Les moines, forts de 25 ruches, se sont mis à l’apiculture. Il n’est pas rare qu’une fois la nuit tombée, les frères prient encore un long moment à la lueur des cierges dans le silence de la chapelle. Chaque mois, les petits frères passent à tour de rôle deux jours en ermitage, pour prier et méditer devant la Présence Réelle.

L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST

« Les frères auront un soin continuel de se rendre semblable à Jésus-Christ en prenant pour modèle sa vie à Nazareth », écrivait Charles de Foucauld. La mesure de cette imitation ? Celle de l’amour. Jésus, c’est « un “SDF” de l’amour. Il nous dit : “Excuse-moi d’être là. Je t’aime, veux-tu m’aimer ?” » explique en souriant le petit frère Yann-Marie. À sa suite, les moines, qui mesurent la sécularisation, la pauvreté spirituelle, « le désert qui s’étend » dans leur terre de mission, les Pyrénées, proposent un accompagnement spirituel à ceux qui le désirent pour « faire régner Jésus et la charité dans leur coeur et autour d’eux. Si même Jésus, petit enfant à Nazareth, s’est fait dépendant de l’amour de ses parents, combien plus les hommes sont dépendants de l’amour du Père… »

 

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