GPA : la polémique enfle autour du livre de Marc-Olivier Fogiel

by Hélène Bordes

La tournée médiatique triomphale du célèbre journaliste et animateur de télévision trébuche sur les remarques pleines de bon sens du… grand public. Des voix se sont élevées ces derniers jours pour dénoncer le silence gênant de toute une profession, sur une pratique pourtant strictement illégale en France.

Les témoignages tranchent avec le discours univoque des confrères de Marc-Olivier Fogiel, en tournée médiatique pour la promotion de son livre Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? (paru chez Grasset), plaidoyer pour la légalisation d’une gestation pour autrui dite “éthique”. Il faut entendre une GPA volontairement consentie, autrement dit : les mères porteuses bénévoles ou du moins simplement indemnisées. Toutefois, bien peu de voix se sont élevées jusqu’à présent pour en détricoter le principe et surtout les conséquences.
Sur le plateau de l’émission Rien n’est impossible présentée par Jean-Jacques Bourdin (sur RMC le 19 octobre), au ton volontiers complaisant à la cause du journaliste, une jeune spectatrice a conquis le public devant les invités médusés. “Je ne crois pas que la société doive répondre à ce désir de parentalité à tout prix. Nous savons tous que seules les choses ont un prix, pas les personnes, pas les femmes, pas les enfants. » Chez les invités, le généticien Axel Kahn et la ministre Marlène Schiappa, favorables à une gestation pour autrui “généreuse”, “altruiste”, le malaise est palpable. « Vous parlez de l’amour, moi je voudrais parler de celui de la mère. La réalité de la GPA, c’est qu’à la naissance on sépare le bébé de cette femme qui l’a porté pendant 9 mois, et que cet enfant ne n’appellera jamais maman. » Le premier coin est enfoncé dans la campagne de communication sénatoriale des partisans de la GPA.
Samedi 20 octobre dans la soirée, c’était au tour du chroniqueur de l’émission On n’est pas couché présentée par Laurent Ruquier, de subir les foudres de l’humoriste Murielle Robin pour avoir fait voler en éclat la relative bienveillance entretenue sur le plateau autour de Marc-Olivier Fogiel. Charles Consigny, à grands renfort de citations tirées des travaux d’une éminente juriste (Muriel Fabre-Magnan, La gestation pour autrui, fictions et réalité, paru chez Fayard) dénonce l’angélisme de l’invité face à une pratique dont les dérives sont légion, pointant une exploitation du corps des femmes inédite dans l’histoire par son ampleur. Une pratique frappant particulièrement les femmes les plus pauvres, dans les nombreux pays où elle n’est pas pénalisée et où les vertus économiques priment sur les exigences éthiques. Le chroniqueur sera rapidement réduit au silence par les invectives des invités.
Les faits pourtant sont là et ils sont têtus. Deux livres parus récemment et signés par deux jeunes femmes, une juriste, Blanche Streb (Bébés sur mesure, Le monde des meilleurs chez Artège, avril 2018) et une philosophe, Marianne Durano (Mon corps ne vous appartient pas chez Albin Michel, janvier 2018) les développent et étayent leurs arguments avec une très grande acuité mais il semblerait que la défense des principes fondamentaux de la dignité humaine soient incompatibles avec les ressorts émotionnels qui font le succès des émissions de télévision.

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