A Paris, les voies sur berges piétonnes le resteront et tant mieux !

by Hélène Bordes

Au terme d’une belle bataille judiciaire, la victoire de la majorité municipale parisienne est incontestable : les 3 km de bord de Seine situés sur la rive droite ne seront pas rendus aux automobilistes. La balade favorite des amoureux du patrimoine parisien offre également un itinéraire spirituel inattendu…

Après un premier arrêté de piétonisation retoqué par le juge puis définitivement annulé par la cour administrative d’appel de Paris, le second arrêté municipal pris en mars 2018 par Anne Hidalgo a été validé par la justice jeudi 25 octobre. Fondé sur la défense du patrimoine des berges, classées à l’Unesco, le texte s’est affranchi des difficultés que posait l’étude d’impact sur la pollution atmosphérique et sonore de la fermeture des voies, à l’origine de la premier censure du juge.
La mairie de Paris estime aujourd’hui “impensable de revenir en arrière”. Christophe Najdovski, maire adjoint écologiste de la capitale en charge des Transports, l’assure : “Les Parisiens, les métropolitains et tous les amoureux de Paris plébiscitent cet espace de respiration inscrit au cœur de la capitale.» Les berges de Paris, particulièrement les trois kilomètres inscrits entre le Ier et le IVe arrondissement sont classées à l’Unesco. Mais ce n’est pas tout : elles offrent aussi un point de vue unique sur la richesse spirituelle et religieuse de la capitale.
A qui sait regarder au bon endroit, les voies sur berge sont en effet un lieu d’observation exceptionnel, sans vis-à-vis, calme, baigné par la Seine indolente, des édifices religieux parmi les plus impressionnants de Paris. Posés à intervalle presque régulier le long des quais comme pour rythmer la contemplation du passant, ils sont aussi un beau support de méditation pour le pèlerin de passage.
En partant de l’ouest, une statue équestre nommée “La France renaissante” pointe son glaive vers la Tour-Eiffel et orne le pont de Bir-Hakeim. Regardez bien, elle porte une auréole… En dépit de ses attributs guerriers et de ses traits farouches, elle est la cinquième statue parisienne à la mémoire de Jeanne d’Arc et fut offerte à la municipalité parisienne par le Danemark. En portant le regard au Nord dans la direction de son galop impétueux, le Sacré-Coeur est déjà bien visible. Il ne quittera plus l’horizon de votre promenade, veillant sur tout Paris depuis sa construction.
Passé le musée du quai Branly-Jacques Chirac et son curieux emboîtement coloré, les bulbes d’or pâle de la cathédrale orthodoxe de la Sainte Trinité se reflètent dans les eaux sombres. Symbole de l’amitié franco-russe et du dialogue entre les Églises romaine et byzantine, son iconostase chatoyante nimbée de marbre blanc mérite un petit détour…
Du Pont de l’Alma vous apercevrez aussi la curieuse coupole octogonale de style arménien de Saint-Pierre de Chaillot. Son plan basilical est en forme de croix grecque et son clocher de 62 mètres de haut domine l’avenue Marceau. Paroisse du nonce apostolique, l’ambassadeur du Vatican en France, elle est le témoin de la communion de l’Eglise de Paris avec l’Eglise catholique universelle.
Quai d’Orsay, l’église américaine de Paris au style néogothique tranche dans le paysage au milieu des ambassades. Aux Invalides, la magnifique coupole de l’église Saint-Louis abritant les cendres de Napoléon étincelle au soleil : “Sit transit gloria mundi”…
Passé le Louvre et le Pont-neuf, la Sainte-chapelle est là, cachée derrière les murs de la Conciergerie. Bâtie pour abriter les reliques de la Passion du Christ, la grâce aérienne de sa nef colorée d’immenses vitraux vous emmènera au Ciel !
Enfin vient Notre-Dame de Paris, dont le chevet contemplé depuis les quais de l’île Saint-Louis vaut tous les panoramas du monde à lui seul. La couronne d’épine est là, derrière l’enchevêtrement délicat des arcs-boutants, l’histoire de France aussi et le coeur battant du catholicisme parisien avec elles. Le pont de la Tournelle offrira le dernier point de vue de l’édifice gothique dans son ensemble… sous les yeux de la bergère qui sauva Paris des Huns menés par Attila, Sainte-Geneviève, sainte patronne de la capitale.

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